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Abidjan, ville cosmopolite telle qu'imaginée par le colon et réalisée par le génie militaire dévelopée dans la première partie de cette analyse, nous conduit à aborder la contribution du génie civil dans cette seconde partie.

Abidjan : l’apport du génie civil….

La pression démographique et l’expansion économique d’un territoire conduit nécessairement les décideurs, autorités territoriales à revisiter le schéma directeur de l’urbanisation d’un territoire.  L’évolution progressive de zones rurales vers des zones urbaines entraine plusieurs changements dans le mode architectural. Passage de concessions de fortune aux gratte-ciels, Abidjan s’est peu à peu développe pour aujourd’hui se hisser au rang de ville moderne non sans grande difficulté.

Vitrine de l’Afrique de l’Ouest, Abidjan est le pôle économique non seulement de la Côte-d'Ivoire, mais de toute une région incluant au moins le Burkina Faso et le Mali, en raison notamment de son port en eau profonde, ouvert en 1950 (sur le site lagunaire, avec un canal maritime perçant le cordon littoral).   

Par ailleurs, capitale économique, Abidjan n’a jamais vraiment cédé celui de capitale politique à Yamoussoukro. Disposant de plus d’infrastructures, de sites ou zones stratégiques et de plusieurs centres névralgiques, cette ville resplendissante de ces immeubles et constructions à architectures variées, est resté unique centre de décision depuis son baptême en tant capitale tout de la Côte d’Ivoire.

Véritable, centre de commandement, Abidjan est symbole d’une de centralisation toujours annoncée mais qui n’est jamais arrivée. Par conséquent, Abidjan est devenu la ville tout-en-un ; c’est un choix politique. L’urbanisme fut donc utilisé comme exutoire d’une pensée de des pouvoirs publics. C’est ce qui justifie tout ces grands programmes et tous ces grands chantiers.

Contrairement aux autres villes du pays, Abidjan exprime son potentiel urbanistique, produit du génie civil. Ponts, chaussées, autoroutes, échangeurs, on trouve tout à Abidjan. Le troisième pont, celui-là à péage,  inauguré en décembre 2014 est sensé résorber le problème des embouteillages. En théorie l’accès à l’aéroport international serait plus rapide, nul besoin de côtoyer le Plateau (centre du pouvoir) pour filer à l’anglais. Ce pont reliant Cocody à Marcory devient un nouveau centre d’intérêt tant économique et stratégique. C’est l’une des identités remarquables des grands travaux dont bénéficie largement Abidjan depuis un bon moment.   

Le résultat de ce déferlement urbanistique qui ressemble parfois à une surcharge d’infrastructures et d’édification mal maitrisées conduit à des excès.  En effet, les ensembles bâtis et les zones urbanisées sont de plus en plus fréquemment affectés par des évènements destructeurs (inondations), quand ce ne sont pas ces lieux de vie eux-mêmes qui sont générateurs de fragilités (chutes d’immeubles). La gestion de crise dans ces contextes est en général extrêmement complexe du fait de l’amplification et de la multiplicité de facteurs, de leurs imbrications et des densités de populations affectées. C’est le fruit de grandes disfonctionnement qui apparaissent la construction des quartiers et même de la ville.

C’est le cas notamment pour de l’espace ‘‘Indénié’’  qui plus que du fil à retordre au génie civil. Les régimes se succèdent mais l’intensité du problème demeure. Malgré l’importance des ressources financières, techniques, technologiques et logistiques mobilisées une solution définitive tard se mettre en place. Par conséquent face à la dimension sociale, spatiale, économique, politique et sécuritaire que représente cet espace, on serait tenté de se demander si ce ne fut pas un sabotage stratégique de la part du génie militaire coloniale ; une sorte de défense imaginée par le colon empêchant comme toujours les indigènes d’un accès rapide au plateau, pour ceux arrivant surtout de Cocody.

En définitif, la planification urbaine si elle répond à une exigence économique, elle soutend également un impératif stratégique. Abidjan a été l’espace d’expression tant du génie militaire que du génie civil, mais toujours avec des motifs permanents de garder Abidjan comme le centre de tous les commandements. Pouvons-nous croire qu’un jour le transfert définitif de la capitale vers Yamoussoukro sera effectif ? Ce serait le début d’une solution durable à ses nombreuses crises politiques, militaires, démographiques et urbaines que connait la capitale économique. A l’image du Nigéria (de Lagos à Abuja) et du Brésil (de Rio de Janeiro à Brasilia), cette situation traduira une vraie décentralisation et/ou déconcentration.       

 

Tag(s) : #PROSPECTIVE

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