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Une vue du Plateau, Centre des affaires.

Une vue du Plateau, Centre des affaires.

‘Qui a le choix du champ de bataille gagnera’’ Sun Zu

Cet article se propose de décrypter les intentions idéologique, stratégique et géostratégique qui ont motivé à la mise en place de plans d’urbanisme. A partir d’une analyse du territoire (extrant d’un espace et d’un pouvoir) en tant qu’instrument de développement et centre d’intérêts aussi divers que variés, nous reviendrons sur l’urbanisation de la ville d’Abidjan.

L’urbanisation entendue comme le passage quantitatif du monde rural au monde urbain, a la plupart du temps répondu à des impératifs de l’Etat. Les choix d’aménagement, les options urbanistiques, les choix scientifiques et techniques, etc., relèvent de processus, de temporalités, d’intérêts et de responsabilités différents. Leur rôle dans le projet découle d’une analyse solide du fonctionnement politique, économique et social de la ville.

De la notion de territoire

Périmètre physique délimite par l’exercice d’une autorité légale émanant d’une communauté humaine, il représente le point de contact entre des flux économiques et des frontières politiques. En tant qu’espace, le territoire se trouve soumis aux forces des marches, aux flux de capitaux, de biens, de services et de personnes. En tant que pouvoir, il dispose, en prise avec ces flux, d’un degré d’autonomie dans ses décisions politiques, dans une relation verticale et horizontale avec les autres territoires.

Territoire urbain sur lequel se confrontent les logiques d’institutions nationales, régionales, départementales et locales, l’agglomération Abidjanaise quelquefois connaît une confusion fonctionnelle plus grande qu’ailleurs. Cela conduit à imaginer un système central de gouvernance permettant de maîtriser cette complexité locale. Ce système a pris plusieurs formes ; de la notion de ville-capitale à la notion de ville-pays, Abidjan a toujours été le produit d’une planification urbaine passé du génie militaire au génie civil avec en toile de fond la logique du «centre de commandement ».

Abidjan : produit du génie militaire !

A l’instar de plusieurs villes africaines - capitales politiques et/ou économiques – Abidjan devrait être la vitrine de la modernité. N’est-ce pas ? Cependant si la ville satisfait à exigences de notion de « ville moderne », le plan d’urbanisation de la ville fut l’œuvre du génie militaire à l’origine, selon une perspective défensive dans la logique de tenir loin les populations indigènes à l’époque de la colonisation du Plateau, centre de pouvoir colonial.

Ainsi, sur un plan d’Abidjan de 1928, on notait une ségrégation entre le Plateau et les quartiers populaires. Au Sud, Treichville est séparé de la zone administrative et résidentielle par la lagune, entendue comme une barrière naturelle pouvant empêcher les indigènes joindre le Plateau en cas de soulèvement populaire d’une part et comme un voie extraction rapide des populations occidentales en cas de grave incidents d’autre part.

Au Nord, il n’y a pas de frontière claire entre les deux zones, c’est donc un camp militaire qui jouera ce rôle. Plus tard, une zone industrielle au Nord de Cocody jouera ce même rôle de frontière entre deux mondes, l’un résidentiel de haut standing et européen et l’autre, résidentiel mais populaire cette fois, accueillant les populations africaines. L’aire de séparation entre les deux zones se retrouve dans presque toutes les villes de cette époque. Cette distinction marquera jusqu’à aujourd’hui l’espace où les quartiers indigènes d’alors sont les quartiers populaires d’aujourd’hui.

Par ailleurs, la perspective économique a conduit le génie militaire à l’ouverture de voies terrestres vers le quartier du plateau par l’édification de ponts sous contrôle stratégique français. Le premier du nom du premier Président de la Côte d’Ivoire, le pont Félix-Houphouët-Boigny est un pont routier et ferroviaire situé à Abidjan traversant la lagune Ébrié de type poutre-caisson, ce pont 372m de longueur, fut construit entre 1954 et 1957. Il relie la zone d’activité portuaire de Treichville au plateau. Le deuxième le pont Général-de-Gaulle d'Abidjan, construit de 1964 à 1967, traverse la Lagune Ébrié. Construit en béton préfabriqué et précontraint, il mesure 11 mètres de largeur pour 592 mètres de longueur. Il porte le nom du Général libérateur de la France et relie le Plateau au tout « Abidjan-sud » jusqu’à l’aéroport.

Ces deux ponts qui ont favorisé le rayonnement de la ville d’Abidjan et dynamisé l’économie de la Côte d’Ivoire répondaient au moins à double objectifs : la logique économique, qui n’est pas la dimension la plus développée dans notre analyse, et le contrôle stratégique. En effet, le contrôle et la maîtrise des infrastructures telles que les ponts sont décisifs en cas de conflits armées urbains. Ainsi le choix géographique des garnisons ou des équipes tactiques d’intervention sont déterminantes dans ces cas.

La position du 43ème BIMA et la proactivité les éléments de la force Licorne ont été efficaces pour paralyser Abidjan et toute la Côte d’ivoire à partir d’une occupation et d’un contrôle totale des de ces ponts lors dès évènements de novembre 2004 à l’issue de la tentative de libération de Côte d’ivoire, à travers l’opération ‘‘Dignité’’ « avortée » et sabotée. Ce jour-là, en quelques minutes Abidjan et la Côte d’ivoire étaient coupées d’une part de leur poumon économique (la zone portuaire) et d’autre part de tout « Abidjan-sud » et des aéroports civil et militaire limitant ainsi la mobilité des ivoiriens ainsi que tout soutient aérien extérieur.

Cette orchestration quasi-parfaite de la politique française assurait aux siens ainsi qu’à la plupart de tous les occidentaux au moins la sécurité physique. Certains ont pu retourner à la mère patrie grâce à un impressionnant dispositif logistique et une coordination tactique réussie. Ainsi les masses populaires des quartiers les plus peuplés d’Abidjan (Yopougon et Abobo) et les velléités de l’élite intellectuelle des quartiers résidentiels selon la conception coloniale (Cocody) ont été isolées tandis que les zones du sud à fortement concentration occidentale (Marcory, Biettry, 43ème BIMA etc.) servaient de «green zone ». En sus, les occidentaux restés dans les rôles à risques, « victimes » cet isolement, qui le souhaitaient bénéficièrent soit d’exfiltration, parfois d’héliportassions.

Cet exemple est une parfaite illustration du territoire comme un produit du pouvoir. Il met en lumière l’aspect militaire (la logique d’anticipation) des infrastructures économiques. Contrôler un espace à partir d’un point (d’un pont). N’est-ce pas l’un des fondamentaux de la géostratégie. Cependant, le génie militaire au service de l’urbanisation n’est pas le maître d’ouvrage dans l’édification d’une ville.

A suivre.......

Tag(s) : #PROSPECTIVE

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